Le nouveau cœur de l’EPFL
L’immense vague de béton semblait inconstructible. Pourtant, trente mois de prouesses techniques plus tard, le bâtiment destiné à devenir le cœur du campus de Dorigny ouvrira ses portes lundi prochain.
«J’aurais envie de redevenir étudiant!» Mardi, un Patrick Aebischer jovial accueillait la presse dans «son» Learning Center. Visiblement comblé par la réalisation de ce qui sera désormais le «totem» de l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne, qu’il préside.
Mené au pas de charge durant moins de trois ans, ce chantier de tous les superlatifs débouche en effet sur du jamais-vu. Les architectes japonais de Sanaa, lauréats d’un concours où se sont mesurés douze des plus grands bureaux de portée mondiale, ont multiplié les défis et les contraintes techniques. Dès lundi, chacun pourra en prendre la mesure. Inauguré officiellement ce soir, le bâtiment ouvrira ses portes tous les jours, de 7 h à minuit, dès le 22 février. Et même s’il constitue, selon le président, «la maison des étudiants», «il ne leur est pas réservé, insiste Jérôme Grosse, porte-parole de l’école. C’est un bâtiment public, tout comme la bibliothèque qu’il contient.»
Saisissant et agréable
On doit passer sous les voûtes pour y pénétrer. Le confort est au rendez-vous, malgré le gigantisme: vu qu’il n’y a pas de cloison, il s’agit au fond d’une seule «pièce» grande comme deux terrains de football. Dans une ambiance feutrée qui doit beaucoup à la moquette grise omniprésente, le regard se perd au loin, sur les grandes surfaces inclinées des «vallées» et des «collines», par-delà des baies vitrées fermant les vastes puits de lumière qui perforent l’édifice. Un système très automatisé de chauffage et de ventilation naturelle maintiendra une douce température tout au long de l’année, et ce dans le respect de la norme Minergie. «De quelque côté que l’on se tourne, il y a une nouvelle perspective à découvrir», ajoute Patrick Aebischer. Au-delà du bâtiment lui-même, et de ses occupants que l’on peut voir évoluer au loin, c’est vers le campus et le Jura d’un côté, vers le Léman et les Alpes de l’autre, que porte la vue. Un effet particulièrement saisissant depuis le restaurant, perché sur l’une des plus hautes «crêtes», face au lac.
Nouvelle façon d’étudier
Certes, pour l’heure, l’ensemble est un peu désincarné. Pour un peu, on aurait encore le sentiment de se promener dans les maquettes et les images de synthèse vues depuis cinq ans. «Il faut maintenant s’approprier cet espace et apprendre à s’en servir», estime Patrick Aebischer. Car même si, de prime abord, l’esthétique du Rolex Learning Center semble avoir largement pris le pas sur sa rationalité fonctionnelle, c’est bel et bien un concept d’apprentissage qui a guidé les crayons de Kazuyo Sejima et Ryue Nishizawa, ses auteurs. «Nous avions pour tâche de créer un espace qui favorise la communication», explique la première. «Tout a été conçu de manière à inciter les étudiants à trouver un endroit confortable, à s’y installer et à travailler ensemble, poursuit le second. Dans notre bâtiment, on ne se déplace pas en ligne droite mais selon des courbes, ce qui est beaucoup plus naturel et crée un nouveau mode d’interaction dynamique.»
Les étudiants adopteront-ils ce nouveau lieu de travail? En tout cas, la crainte d’un brouhaha continu dont les étudiants s’étaient inquiétés peut être balayée: malgré cet immense volume entièrement ouvert, il règne à l’intérieur du bâtiment un calme presque surprenant. Et comme il n’y a pas que le travail dans la vie, il ne serait pas étonnant de les voir s’élancer en trottinettes – que la direction ne semble pas vouloir interdire – sur les pentes de ce que d’aucuns ont déjà surnommé le «skatepark géant»…
Avec ses trois espaces de ravitaillement – un bar, un self-service et un restaurant qui promet une carte de qualité –, sa bibliothèque futuriste qui offre un demi-million d’ouvrages en libre accès, son espace de services comptant une banque et une librairie, un «forum Rolex» susceptible d’héberger des conférences (le carnet de réservations ne désemplit pas) ou des productions culturelles, ce bâtiment qui est sans nul doute l’un des plus spectaculaires de Suisse saura trouver un public varié. Et ce d’autant plus qu’un effort particulier a été fait pour ne pas exclure les personnes à mobilité réduite: des «ascenseurs horizontaux» ont été développés tout exprès pour leur permettre de gravir les pentes.
Tout plat sans sponsors
L’arc lémanique compte donc désormais un nouvel emblème incontournable. De nombreux touristes – dont beaucoup de Japonais, on s’en doute – ajouteront ce bâtiment à leur circuit, en parleront, feront rayonner la région lausannoise et son école de renommée mondiale loin à la ronde.
Un nouvel atout promotionnel rendu possible parce Patrick Aebischer, en plus d’avoir eu cette ambition, a coulé dans le béton le principe du partenariat public-privé. Avec seulement l’argent de la Confédération (la moitié du budget total de 110 millions), le Learning Center aurait certes pu se faire, au même endroit et sur la même surface. Mais il aurait été tout plat! L’apport de l’autre moitié par Rolex, Logitech, Bouygues construction (Losinger), Credit Suisse, Nestlé, Novartis et Sicpa a permis d’en faire ce qu’il est. Cela paraît peut-être cher la vague. Le retour sur investissement, en termes d’image, est pourtant incalculable.
Source : 24heures.ch




Posté par Franck le jeudi 18 février 2010
Défis, L’actualité des chantiers